Ménopausée, mon désir est en baisse et je complexe sur mon corps…

bonjour,
j’ai parcouru ton site et en lisant les thèmes abordés (et tes réponses pleines de bon sens) j’ai eu envie de poser une question. Pour vérifier si ce n’avait pas déjà été le cas j’ai utilisé les mots clé : âge et désir, vieillesse, honte de son corps, ménopause (deux occurrences) … tu vois où je veux en venir ?
comment accepter de se retrouver dans les bras d’une inconnue avec le corps que j’ai ? difficile de s’aimer quand objectivement la chair est beaucoup moins ferme, les rides très  marquées, les vergétu… stop !!
mais difficile aussi de désirer quelqu’un d’aussi « vieux » que soi, banalement je trouve les corps qui résistent à la pesanteur beaucoup plus attirants que ceux qui me ressemblent. d’ailleurs depuis une dizaine d’années j’ai eu des relations avec des filles plus jeunes que moi…
je trouve les traitements hormonaux substitutifs assez dangereux et je ne suis gênée par aucun des symptômes habituels de la ménopause sauf… la baisse de libido !! est-ce que ça vaut le risque ? quelle alternative ?
je ne dois pas être la seule à me poser la question…

PS :   c’est rassérénant de lire à propos de sexualités et de sujets connexes des infos concrètes, respectueuses et teintées d’humour (voire maculées à la grosse vanne !) ; merci, t’es douée !
Bonne poursuite de tes aventures.aucun sous-entendu bien entendu :)

Bonjour,

Alors pour commencer je pense qu’il est bon que je précise qu’ à l’instant où je t’écris je suis sur le point d’avoir 30 ans, donc je ne suis pas sûre d’être la plus à même de te répondre concernant ce qu’il advient de l’image du corps ou encore du désir après la ménopause. Néanmoins…

Je crois qu’on a tou⋅te⋅s (mais sans doute plus les femmes) affronté des problèmes plus ou moins sévères de honte/haine/rejet de son corps, et ce dès le plus jeune âge. La culture dans laquelle nous baignons enseigne très tôt aux filles que leur principale qualité, du moins celle à laquelle elles devraient aspirer, c’est celle de plaire, et plus précisément de plaire au regard masculin.

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Et non seulement elles doivent être « jolies », donc, mais en plus il n’y a qu’une seule manière de l’être, c’est à dire qu’il faut correspondre à un certain standard de beauté que l’on voit reproduit et décliné à l’infini dans les livres, publicités, films, séries et autres médias. Troisième bonne nouvelle, cet idéal est inatteignable pour la plupart des filles/femmes puisqu’il est composé de nombreuses injonctions contradictoires.

On valorise ainsi le fait d’être Blanche (mais pas trop pâle, un peu hâlée, donc, mais pas Noire, hein, oula, non) mince (mais pas maigre, ça fait malade!) tonique (mais pas trop musclée, ce n’est pas très féminin!) et soignée (mais pas trop apprêtée, tu vois, genre maquillée mais nude, coiffée mais sans effort, hein, ah et puis épilée, évidemment, on n’est pas des bêtes!).

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Le corps parfait vers lequel les femmes doivent tendre est aussi valide, cisgenre et jeune, les personnes en situation de handicap, les personnes trans comme les femmes ayant passé la trentaine sont systématiquement invisibilisées et quasiment intégralement absentes des médias cités ci-dessus.

Dans ce contexte, on grandit donc toutes en conflit avec notre corps et notre image, de manière plus ou moins forte en fonction du contexte dans lequel on est élevées : si les proches relaient les injonctions, c’est plus compliqué que s’ielles les relativisent et/ou mettent plutôt l’accent sur les qualités non physiques (gentillesse, humour, calme, énergie, performance sportive, talent artistique, etc); si on consomme beaucoup de médias mainstream, on sera probablement plus impactée par leurs messages que si on grandit sans télé ni Internet; si on rencontre des (petit⋅e⋅s) ami⋅e⋅s qui sont valorisant⋅e⋅s, ce sera plus aisé de s’accepter voire -soyons folles- de s’aimer; etc etc. la liste est longue et je ne suis pas exhaustive mais tu vois le truc : le contexte joue beaucoup.

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Après, clairement, plus on est éloignée de ce qui est présenté partout comme étant normal/beau/bien, plus il va être compliqué de faire la paix avec soi et son image (en plus de plein d’autres difficultés spécifiques que l’on peut avoir et qui sont liées au racisme, à la transphobie, la grossophobie, au validisme -discrimination des personnes en situation de handicap-, etc etc). Plus on est « différente » (mais de quoi en fait? d’un modèle inatteignable et photoshoppé?) moins on va se voir représentée et plus notre estime de nous va en subir les conséquences. ce n’est pas une fatalité, encore une fois, cela dépend du contexte, mais tout de même, c’est une tendance que l’on peut observer.

Dans ton cas, le fait de vieillir en temps que femme, clairement ce n’est pas simple. Déjà parce que la ménopause c’est vu par certain⋅e⋅s comme une fin de la « vraie féminité » qui serait en fait simplement la capacité à se reproduire. Une sympathique vision qui restreint les femmes au rôle d’utérus sur pattes, exclue les femmes trans, celles qui n’ont pas ou plus d’utérus pour des raisons médicales et donc celles qui sont ménopausées.

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Bref, tout cela joue beaucoup sur la façon dont on se perçoit nous-mêmes en temps que femmes mais ce n’est pas tout : cette image d’un corps parfait et chimérique (assemblage fantasmatique d’un Frankenstein misogyne qui agencerait le visage d’unetelle, les jambes de cette autre et pourquoi pas la poitrine de cette dernière) contribue aussi à modeler et lisser nos goûts et nos désirs. En clair, de base, on (et ça c’est valable pour tou⋅te⋅s) a plutôt tendance à considérer comme belle et/ou attirante une femme qui se rapproche de la norme dans laquelle on a été élevé⋅e. Il est socialement valorisé d’être vu⋅e pendu⋅e au bras (ou au cou) d’une femme que la plupart des gens considèrent séduisante, fut-elle désagréable; tandis qu’être en relation avec une femme dont le physique est « hors norme », même si (surtout si?) elle est Nobel de littérature, sera vu comme une sorte de défaite.

Cette analyse varie peut-être un peu dans le contexte des relations entre femmes, mais le canevas sociétal et culturel étant le même, on retrouve des schémas similaires je pense.

Bon, jusque là ça peut paraître un peu fataliste comme constat mais pourtant ça ne l’est pas. Parce qu’évidemment (et heureusement), il n’y a pas que celleux qui sont les plus proches de la norme de beauté en vigueur qui rencontrent des gen⋅te⋅s, qui tombent amoureux⋅ses, qui font du sexe etc. Parce que la séduction, le désir, l’amour ne se jouent pas que sur l’apparence physique mais sur une myriade d’autres caractéristiques : tempérament, comportement, etc. On n’est pas la somme de nos « défauts » physiques. On n’est pas que de la peau qui perd en fermeté, se zèbre de vergétures ou se constelle de boutons. « De la magie flotte autour de nos modestes carcasses » comme le dit si joliment Mona Chollet dans Beauté fatale (SUPER bouquin sur l’industrie mode-beauté, justement, si ça t’intéresse!).

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Il est possible que (je lance une hypothèse, hein, pas une prédiction) si tu parviens à porter sur toi-même un regard plus clément cela influence aussi ta façon de choisir tes partenaires. Peut-être que l’âge qui te fait horreur chez toi comme chez tes amies te semblera alors accessoire, secondaire, et passera au second plan pour s’effacer derrière les autres caractéristiques des personnes que tu rencontreras…

Voilà pour la première partie de la question, qui est finalement pas mal liée à la seconde…

Clairement, je ne vais pas te dire de prendre ou ne pas prendre de traitement hormonal de substitution, pour la simple et bonne raison que c’est TON corps et donc TON choix. Tu sembles t’être pas mal renseignée sur les éventuels effets secondaires que cela peut avoir, et je pense que tu es donc en pleine capacité de prendre cette décision.

Juste un truc cependant : si la baisse de la libido est le seul point qui te dérange, tu as d’autres leviers que les hormones pour la pallier, puisque le désir est une construction un peu plus complexe qu’un simple afflux de testostérone ou d’œstrogènes. Et c’est là que je vois un pont avec ce dont tu parles au début de ta question, puisque l’envie est plus forte quand on se sent bien avec soi. Si en te regardant dans la glace tu scrutes cruellement chaque ride, chaque poil, chaque marque en te disant que tu es horrible, il y a moins de chances que tu frétilles de la culotte que si tu te jettes un regard plus global et bienveillant en te disant que tu es superbe ce jour là…

tumblr_lmy6epXH7t1qgbtxuAlors après, dire « aime toi et ça va bien se passer », je te le concède, c’est *un peu* facile à dire et *beaucoup* moins simple à faire. En pratique ça peut passer par différentes choses. La pratique d’un sport, quand elle est possible, peut aider à ressentir son corps de l’intérieur (plutôt que de le lorgner d’un oeil mauvais de l’extérieur), idem pour la méditation, par exemple, qui permet de se centrer sur ses sensations et de réaliser les milliers de mécanismes à l’œuvre pour nous maintenir en vie et auxquels on ne prête pas attention habituellement. Voir son corps comme un outil ça peut être super cool et libérateur, même si c’est un outil qui a des limites liées à la condition physique, l’état de santé, l’âge etc. On peut aussi avoir besoin d’une aide extérieure pour améliorer son estime de soi, que ce soit par le biais d’un⋅e psy, thérapeute, kiné, groupe de parole (il y a moyen de trouver des structures ou soignant⋅e⋅s gratuit⋅e⋅s ou conventionné⋅e⋅s normalement)… du moment que ça fonctionne pour toi c’est tout ce qui compte!

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GIF extrait de ce diaporama (in english)

Voilà, j’espère que tu trouveras des éléments qui te servent dans cette réponse <3

Des bises et merci infiniment pour tes adorables compliments qui me vont droit au cul :)

Cette réponse existe grâce au soutien de MaAaaW sur Tipeee. Merci beaucoup!

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