[TW] Mes mauvaises expériences passées pèsent sur ma sexualité avec mon mec, que faire?

Salut salut,
Déjà, juste, un super grand merci pour tes réponses über cool  et tes gifs fabulous. C’était la partie sympa pour un début en douceur, la deuxième partie sera moins cool.
Mes deux premières expériences sexuelles à deux furent nazes à base de trop d’alcool (mais j’ai dit oui, mais trop d’alcool, il m’a pécho après que j’ai vomis, j’ai toujours pas voulu mettre le mot viol dessus mais ça a tendance à s’y prêter pas mal, bref), et la deuxième à base de pénis pas propre propre et de fellation forcée. Voilà, plantage de décor pas glop. Du coup, en fait, ça se ressent vachement sur ma vie sexuelle maintenant (1an 1/2 de relation, stabilité, amour, tout ça tout ça) du fait que :
1) je n’arrive à pratiquer la fellation que dans le noir ou si je cache la tête de mon mec (genre un coussin) alors que j’en ai envie, que le dit mec est au courant et que, en tant qu’être humain décent, il me force pas ;
2) J’arrive absolument pas à parler de mes fantasmes, des trucs qui me feraient plaisir, je me retrouve vraiment bloquée et je m’en sors par des pirouettes plus nulles les unes que les autres et du coup
3) je pense qu’un psy m’aiderait beaucoup mais, surprise, j’ai pas les moyens.
Petit bonus : je fais partie de la team #jeparlepasdemessentiments et extérioriser les trucs est hyper dur pour moi, par exemple, je dis « je t’aime » à personne, même pas à mon mec alors que bon, je l’aime quoi, et bien qu’il y ai eu plusieurs essais, je bloque à chaque fois (mais il me le dit pas non plus et je lui ai déjà écrit donc c’est une bataille d’égo pas très saine qui se déroule là).
Ok, c’est beaucoup plus long que ce que j’avais prévu, je te souhaite bon courage pour la lecture et je te dis merci beaucoup pour tout <3

Salut toi,

Alors effectivement, ces deux premières « expériences sexuelles à deux » que tu décris ne sont pas vraiment « cool ». D’un point de vue juridique, il s’agit même de viols, puisque dans le premier cas tu n’étais pas en état de consentir et dans le second tu as été forcée.

Je comprends comme il peut être compliqué de poser ce mot sur ce que l’on a vécu, parce que c’est un gros mot, un mot grave. On peut douter de sa légitimité à l’employer (ce que j’ai subi mérite-t-il ce nom?) ou craindre les conséquences si on l’utilise (si ce qui m’est arrivé est un viol, est-ce que ça veut dire que je DOIS porter plainte? est-ce que ça signifie que je suis une « victime »? )…Mais il est important que tu te souviennes que ce qui t’est arrivé n’était pas de ta faute, même pas un petit peu. Le fait que tu aies beaucoup bu t’a placée dans une situation de vulnérabilité, et il n’aurait pas du en profiter (quand tu as vomi, il était clair que tu n’étais pas dans ton état normal). D’ailleurs, le fait de dire oui quand on est complètement ivre (ou défoncé·e) ce n’est pas un consentement valable (et encore moins valable pour toute la soirée : si tu as dit oui à 20h quand tu étais sobre, ce oui ne vaut plus à 23h surtout si tu es saoul·e)!

Selon toi, ce qui s’est passé influence encore beaucoup ta vie sexuelle actuelle, qui se passe pourtant dans un contexte a priori rassurant et favorable, avec une personne à qui tu es attachée et avec qui vous vous connaissez bien. Malheureusement c’est quelque chose que l’on retrouve souvent chez les personnes qui ont subi un viol : le choc profond d’être attaqué·e peut être ressenti sur le moment et/ou en différé et/ou jusque des années après, notamment en cas de syndrome de stress post-traumatique (ou PTSD). Ça peut impacter les rapports amoureux, sexuels, mais aussi la confiance en soi et le bien être général… Or la qualité des premiers étant pas mal liée au niveau des seconds, ça peut sembler être un cercle vicieux duquel on ne voit pas d’issue. Mais on n’est pas forcément aussi seul·e ou aussi « coincé·e » avec son problème qu’on peut le penser.

De ton côté, tu évoques la possibilité de voir un·e psy, tout en précisant que tu n’as « pas les moyens ». Alors, je ne sais pas quelle est ta couverture santé (régime  général, des indépendant·e·s, CMU, AME, mutuelle ou pas, etc…) ni ta situation financière exacte, mais si tu es en France, sache qu’il est possible de se faire très bien rembourser des séances avec un·e psychiatre (certain·e·s sont spécialisé·e·s dans al prise en charge du PTSD). Tu peux aussi te rendre dans un centre médico-psychologique (en cherchant « CMP » et le nom de ta ville directement sur ton moteur de recherche ou sur ce site), où l’ensemble des services sont gratuits (mais malheureusement il peut y avoir beaucoup d’attente en raison des très nombreuses sollicitations). Les conseillères conjugales en centres de planification (clic clic ici pour ne trouver un) peuvent aussi être une option : leurs services sont gratuits et elles peuvent même te recevoir avec ton chéri si vous en ressentez le besoin ou l’envie.

Après, il n’y a pas que les ressources médicales qui peuvent aider. On sait, de manière générale, que d’avoir des personnes à qui tu peux parler et/ou avec qui tu peux échanger dans un cadre sécurisant, ça peut aider à aller mieux après des faits de violences. Ça peut donc être ton mec, tes ami·e·s, ta famille, comme cela peut être un groupe de parole ou une association, une plateforme de témoignages ou un numéro d’écoute. Tu en as pas mal listé·e·s sur ce site ou encore sur celui là, qui sont spécialisé·e·s dans la prise en charge et l’écoute des personnes ayant subi des violences sexuelles. Attention, ce n’est pas parce qu’une asso est active dans ce domaine qu’elle est nécessairement parfaite pour tout le monde, et si tu es une femme trans, qui porte le foulard ou travailleuse du sexe, certaines de ces associations ne sont pas nécessairement les plus indiquées. Si tu as un doute, n’hésite pas à faire tes recherches avant sur Internet, ou à préparer des questions « test » pour vérifier l’état d’esprit de tes interlocuteurices. D’ailleurs c’est aussi valable pour les psy, ou tout autre professionnel·le. Il y a aussi le site de l’association Polyvalence où l’échange se fait un peu différemment puisqu’il s’agit de témoignages, qu’on peut lire ou déposer soi-même.

Voilà, déjà je voulais te filer toutes les ressources qui me viennent en tête pour commencer, pour que tu te rendes comptes que tu as tout plein de possibilités pour t’aider, toi, à aller mieux à la suite de ce qui s’est passé.

Clairement, ce que tu racontes sur ce que tu vis par rapport à la fellation, laisse penser qu’il y a de bonnes chances que cela soit en lien avec ton expérience. Après, ce sont des particularités, oui c’est sur, mais est-ce que ce sont des problèmes ? Et si oui, pour qui? Pour toi? Pour ton ami?). Je crois que ça vaut le coup de s’interroger : les contraintes par rapport à cette pratique sont-elles gênantes pour toi ? Et si ce n’est pas le cas, sont-elles vraiment problématiques, alors? Je ne dis pas qu’il ne faut rien faire, si c’est une souffrance pour toi, hein, bien au contraire, mais si tu arrives à composer avec, et que tu te sens bien dans ta sexualité malgré ces obstacles, tu as aussi le droit de penser : j’ai un fonctionnement un peu unique mais qui me convient et c’est ok! J’insiste là dessus, parce que si c’est uniquement un souci pour ton partenaire euh ben là je crois qu’il peut juste prendre sur lui, hein :)

En revanche, les difficultés à exprimer tes émotions et tes envies/fantasmes ne sont pas nécessairement entièrement liées à ce qui t’est arrivé. Côté sexe, en tant que meuf on n’est généralement pas encouragées à découvrir nos propres envies, et encore moins à réclamer, donc ça peut jouer. Peut-être aussi que tu étais déjà un peu timide, ou que dans ta famille et/ou ton cercle d’amies on ne parlait pas (beaucoup, du tout?) de sexualité, de plaisir, de sentiments… Tous ces sujets intimes sont délicats à aborder, parce qu’on dévoile un peu de soi, de sa personnalité, et que ça demande de se sentir en confiance avec la ou les personnes à qui on s’adresse, mais aussi et peut-être surtout en confiance avec soi-même. Or, subir des violences peut effectivement porter atteinte à la valeur que l’on se donne, parce qu’on culpabilise, qu’on pense être responsable (au moins en partie) ou pire, qu’on l’a mérité (pour x ou y raison). Du coup pas évident de s’en dépêtrer… Ce sont aussi des choses que tu peux travailler avec les ressources que je t’ai données au-dessus.

Pour ce qui est de ne pas dire « je t’aime » en revanche, je ne suis pas sûre que ce soit une nécessité en soi. On peut aimer quelqu’un très fort sans lui dire, en lui montrant, par des attentions, une présence, etc. Dire « je t’aime » finalement ça n’engage à rien, on peut faire cette déclaration sans le penser, mais les actes et gestes d’amour ne peuvent pas être repris! Mais c’est intéressant ce que tu dis quand tu parles de « bataille d’égo pas très saine », j’imagine que tu entends par là que celui (ou en l’occurrence celle) qui en premier « je t’aime » perdrait d’une certaine manière le contrôle, l’ascendant. Si l’autre m’aime plus, alors, d’une certaine manière je le domine (cet article en parle un peu justement). d’ailleurs peut-être que c’est pour ça que tu as du mal à parler de ce que tu ressens : en gardant le silence, tu conserves une sorte de distance et de contrôle sur la situation?

Voilà, ça fait beaucoup de questions pour une réponse, mais j’espère que ça pourra t’aider à avancer et te sentir mieux,

Je t’embrasse!

Cette réponse existe grâce au soutien de @Pomdap sur Tipeee. Merci beaucoup!

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