Est-ce sain de remettre en question sa sexualité tout en étant dans une relation stable et heureuse?

Bonjour ! Ça fait quelques temps que je trouve certaines réponses à mes interrogations ici plutôt que sur des sites disons, masculino-centrés, et ça fait du bien. Mais j’ai une question qui nécessite une réponse non hétéro-centrée et je n’ai pas trouvé d’équivalent sur le site, ou alors j’ai mal cherché.
Voilà, J’ai bientôt 25 ans, et depuis pas mal de temps, et par périodes, je m’interroge sur ma sexualité « réelle ». Pour résumer, disons que mes premiers véritables rapports sexuels ont été très tardifs (20 ans), mais j’ai eu une idée de ce qu’était le sexe très, très jeune.
À partir du CE1 j’ai commencé à être attirée par les garçons. Puis en CM1, une fille m’a parlé d’une technique de masturbation qu’elle disait utiliser (je ne sais toujours pas si c’était une mytho ou non, mais bref ce n’est pas le sujet), consistant à « se frotter » contre un bout de tissu en boule – passons. Je l’ai imitée sans vraiment comprendre l’intérêt, puis quelques années ont passé et un jour, sans prévenir, bam, un orgasme.
À partir de ce moment là (je dirais, vers 10 ans), j’ai commencé à prendre du plaisir très souvent, un rien à la télé me suffisait, etc. Mais dans tout ce sur quoi je tombais, c’étaient toujours les filles qui m’attiraient le plus, les garçons ne me faisaient aucun effet. Je n’osais pas en parler étant donné que mes parents pensaient que j’étais (voulaient que je sois ?) attirée par les garçons, comme toutes les filles … Pendant tout le collège, les garçons m’ennuyaient au plus au point, les filles me plaisaient un peu plus mais je ne m’envisageais en aucun cas dans une relation. D’ailleurs la masturbation me suffisait largement, j’étais très bien en compagnie de moi-même, sans jugement, et ce jusqu’à après le lycée ; même vierge, je me considérais comme « très active ».
Et donc, justement, au lycée, j’ai eu un genre de confirmation – que je n’ai pas voulu prendre au sérieux – quant à mon attirance pour les filles, et notamment ma meilleure amie de l’époque. Je fantasmais beaucoup sur elle, et sur d’autres filles de ma classe aussi, mais dans le même temps, mon désir pour les garçons s’était réveillé à nouveau. Du coup c’était un peu fantasme sur tout le monde. Passons les détails mais, même s’il y a eu beaucoup de baisers échangés avec cette amie, elle n’était pas assez safe pour moi à l’époque pour que je me laisse aller à des rapports, la relation en elle-même était particulière. Et encore moins me laisser aller avec un garçon, d’ailleurs.

Aujourd’hui les femmes de tous âges (et les hommes) m’attirent toujours beaucoup, pour autant, je suis en couple depuis pas mal de temps avec un homme, et je suis très heureuse et je n’ai pas l’intention de me mettre en couple ni d’avoir des relations sexuelles avec une femme pour l’instant.
Mais je ne me considère pas non plus hétérosexuelle, même si je n’ai eu de relations sexuelles qu’avec le sexe masculin, car je sais que mon attirance et mon désir pour certaines filles sont réels … Et je ne me considère pas non plus bi, ni pan (je ne m’étais jamais posée la question des différents genres jusqu’à il y a deux ou trois ans, et j’avoue que Laverne Cox me fait aussi de l’effet …), en fait je ne me considère comme « rien » si ce n’est en couple avec un homme. Je ne sais pas trop comment gérer ça, je me demande si c’est sain de régulièrement remettre en question sa sexualité comme ça sans trouver de réponse satisfaisante tout en étant dans une relation hétéro stable et heureuse. Non pas que ça me pose un si gros problème, mais c’est un truc qui revient par période et que je remets à plus tard et qui finit par ressortir, et ainsi de suite. Je sais pas vraiment si je cherche à me faire labelliser ou pas en postant cette looooooongue question, mais je prends le risque.
Et enfin, il y a aussi cette récurrente interrogation du « comment je me considère moi en fantasmant sur une femme » : c’est pas que je m’imagine être un homme en fantasmant sur une fille, mais disons que soit je me « dépersonnifie » et au lieu d’être soumise-hétéro je m’imagine plus dans la domination, l’instigatrice, soit c’est carrément plus dans quelque chose de mutuel, d’égalitaire. Alors que les fantasmes sur les hommes sont quasiment toujours des scénarios de soumission-consentement me concernant. Bref, ça aussi ça me « perturbe » sans trop savoir pourquoi.
Merci d’avance pour tes réponses, quelles qu’elles soient !

Hello!

Alors pour commencer, je te rassure, pas question pour moi de te « labelliser », t’es pas un poulet fermier ou un chou-fleur bio :)

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Pour répondre à ta première interrogation : NON, je ne pense pas du tout qu’il soit « malsain » de ta part de t’interroger son ton identité, tes préférences sexuelles, et ce même si tu es heureuse en couple hétéro et monogame comme cela semble être le cas.

C’est d’autant plus compréhensibles que, d’après ce que tu me racontes, tu as d’abord, et pendant longtemps de manière exclusive, été attirée par les filles. Et puis tu parais tiraillée non seulement par tes fantasmes et/ou attirances changeantes et multiples envers d’autres personnes mais aussi dans le domaine de ton propre positionnement, plus ou moins soumise ou dominante selon les partenaires (réel⋅le⋅s ou fantasmé⋅e⋅s).

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Notre/nos identité⋅s de genre comme notre/nos orientation⋅s sexuelle⋅s ne sont pas forcément des paramètres stables de notre personnalité, gravés dans le marbre et certainement pas simples à définir, notamment lorsqu’on sort du cadre de la norme cisgenre et hétérosexuelle. Tu l’as d’ailleurs remarqué quand tu dis que tes parents pensaient/voulaient que tu sois attirée par les garçons « comme toutes les filles » : la norme hétérosexuelle est hyper puissante, et peut-être encore plus pendant l’enfance/adolescence. Du coup ce n’est pas toujours évident de faire la part des choses entre les influences (plus ou moins conscientes) de la famille, des ami⋅e⋅s, de l’encadrement scolaire, de l’environnement médiatique et ses propres ressentis ou envies.

Beaucoup de personnes non hétérosexuelles découvrent (ou assument) cette orientation plus tard, puisqu’elles n’ont pour la plupart pas ou peu de modèles alternatifs sur lesquels se projeter, dans lesquels s’imaginer (et peuvent par ailleurs craindre le jugement et les discriminations). En gros le fait de ne voir quasiment que des couples hétérosexuels (autour de soi, à la télé, dans les films, les livres, les magazines, les pubs) rend difficile d’imaginer d’autres histoires d’amour (et/ou de fesses :))…

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D’un certain point de vue se définir peut être un soulagement ou une nécessité, car cela permet par exemple d’essayer de trouver des personnes qui se définissent de la même manière et ont parfois des vécus similaires, personnes avec qui il est alors possible de partager ses expériences, ses éventuels soucis, etc. Mais on peut aussi penser que se coller une étiquette, se mettre dans une case, c’est limitant, cela enferme. Les deux ont du sens, et c’est à chacun⋅e de s’écouter pour trouver une façon de fonctionner qui lui correspond et lui plaît.

En ce qui te concerne, tu dis que tu ne te considères pas comme hétérosexuelle, et tu précises que tu ne te sens pas non plus ni bisexuelle ni pansexuelle, avant de dire finalement que tu te considères comme « rien… Je t’avoue que cette tournure de phrase (même si j’ai bien saisi que c’était « juste » une façon de parler) m’a interpellée… Ce n’est pas parce que tu ne trouves pas de mot ou de définition qui te plaise pour décrire tes envies sexuelles multiples et fluctuantes que tu n’es « rien »… On pourrait se dire au contraire que tu es « tout », que tes fantasmes et tes pratiques débordent des cadres connus, comme une plante sauvage et luxuriante ;)

[Petite précision au passage] Quand tu dis « la question des différents genres jusqu’à il y a deux ou trois ans, et j’avoue que Laverne Cox me fait aussi de l’effet », en fait tu parles juste de ton attirance pour une femme. Le fait que cette actrice soit une femme trans ne change rien au fait que c’est une femme, donc pas un genre différent de ce qu’on connaît dans le schéma binaire homme/femme. S’il s’était agi d’une personne agenre ou « gender fluid » par exemple, ç’aurait été différent.

DvoyKrk

Enfin, pour ce qui est de ta façon de te vivre, te voir, t’imaginer TOI dans tes rapports (réels ou fantasmés), plutôt « soumise-hétéro » avec les hommes et dominatrice, instigatrice ou égalitaire avec les filles, c’est compréhensible que ça te perturbe. En effet, pour le coup, ça vient interroger dans une certaine mesure la norme de féminité avec laquelle tu as grandi (hétéro et soumise, donc). Après ce qui est intéressant, c’est quand même que ce côté instigatrice/dominatrice ressorte uniquement dans tes fantasmes avec des femmes… C’est peut-être parce que cela parait plus probable ou plus autorisé de prendre le dessus sur une femme que sur un homme dans les mentalités, et que ces schémas culturels et sociétaux imprègnent profondément notre construction identitaire et sexuelle…

Au final, impossible pour moi de détricoter tout ça à ta place bien évidemment, mais j’ai surtout envie de te dire que c’est ok si tu ne trouves pas LE mot qui te décrit/définit à la perfection. Ton identité n’appartient qu’à toi et si tu ne ressens pas le besoin de rejoindre telle ou telle « catégorie » d’orientation sexuelle tu peux choisir de dessiner la tienne en creux (par exemple en te disant « pas hétérosexuelle ») ou choisir de dire merde à l’idée même de définition.

En espérant que cette réponse pourra t’être utile,

Moult bisous!

Cette réponse existe grâce au soutien de Julie C. sur Tipeee. Merci beaucoup!

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