[TW] J’ai parfois du mal à savoir si je me force à avoir un rapport ou si j’en ai vraiment envie

Bonjour, bonsoir !

Je suis une jeune fille de 16 ans, j’ai vécu ma première fois il y a un peu plus d’an et ai connu mes premières expériences sexuelles vers 14-15 ans.
Je me considère comme sexuellement active et le problème majeur dans ma vie sexuelle c’est que j’ai parfois du mal à savoir si je me force à avoir un rapport ou si j’en ai vraiment envie.
Je pense que c’est dû à des expériences sexuelles où j’ai pu me sentir prise pour un objet, le problème étant que je ne me suis au fur et à mesure enfermée dans une image de moi-même, hyper sexualisée.
Ayant longtemps eu le sentiment que de potentiels partenaires s’intéressaient à moi uniquement lors d’échanges sexuels, j’ai souvent associé l’attirance sexuelle qu’éprouvaient mes petits amis à mon égard pour de l’amour. Donc au final je prend parfois beaucoup de plaisir à « allumer » mon partenaire, juste pour sentir l’attirance qu’il a pour moi, mais sans vouloir forcément aller au bout, ce qui peut être particulièrement frustrant pour lui. (Je précise que mes compagnons de jeux ont aux alentours des 18-20 ans)
Et c’est bien là le drame, quand j’amène mon ami à un point de frustration trop intense, parfois je vais me forcer volontairement (Et assez inconsciemment en fait) à coucher avec lui, tout en me convaincant que j’en ai envie. Généralement je m’en rend compte rapidement – puisque j’ai évidemment assez peu de plaisir physique dans ces cas là – mais je « laisse passer ».

Le problème c’est que, quand j’ai vraiment envie, je vais parfois me poser la question « Est-ce que je me force pas ? Sûr sûr ? », donc au final c’est presque toujours prise de tête.
(Après j’ai connu des rapports vécus avec naturel et sans prise de tête, mais bien trop rarement comparé aux autres fois)
Alors il y a sans doute un certain manque de confiance en moi qui peu jouer dans tout ça (Ah l’adolescence, quelle période fantastique…) mais j’essaye de plus en plus d’écouter mon corps et mes désirs, même si ce n’est pas toujours simple. C’est pourquoi je me tourne vers toi afin d’avoir un point de vue extérieur sur la question, et si tu n’aurais pas quelques sages conseils à m’enseigner.

Merci pour ton attention, et je te souhaite beaucoup de courage pour la suite, c’est vraiment génial comme initiative ! Des bisous !

Bonjour bonsoir à toi aussi :)

C’est vraiment bien que tu me poses cette question parce que je crois que beaucoup de personnes peuvent être concernées et intéressées par ce sujet, et notamment les personnes socialisées et/ou s’identifiant comme femmes (mais pas que).

Il est en effet très (trop) fréquent que l’on se force à faire des choses que l’on a pas envie de faire, pour faire plaisir à l’autre, pour s’assurer de son attachement, pour éviter qu’ielle aille voir ailleurs parce qu’on a peur qu’ielle trouve « mieux (en réalité aucune personne n’est « meilleure » ou « mieux » qu’une autre, simplement différente) etc etc.

[Passage théorique un peu chiant]

On a souvent l’idée (véhiculée par notre éducation et/ou la culture dans laquelle on baigne -films, pubs, livres, paroles de musiques, etc) qu’il existe d’un côté une sexualité « masculine » voire « virile » avec des mecs qui doivent tous avoir des (énormes) pénis en érection permanente et des pulsions irrépressibles et incontrôlables de pénétrer tout ce qui a un vagin et un pouls; et de l’autre côté une sexualité « féminine » avec des meufs qui doivent toutes avoir un corps de rêve (c’est à dire mince mais pas trop, musclé mais pas trop, des seins mais pas trop gros ou alors gros mais surtout fermes, épilé, etc) et un vagin à disposition pour répondre aux pulsions de pénétration de l’homme.

Dans cette vision, qui exclut de base les personnes intersexuées ou trans*, les gays, les lesbiennes, les queers, les pansexuel⋅le⋅s, les asexuel⋅le⋅s et les bi⋅e⋅s, les meufs hétéros qui n’aiment pas être pénétrées et les mecs hétéros qui adorent se faire prendre (ça commence à faire un paquet d’exclu⋅e⋅s là, hein…), on distingue donc une sexualité/libido « masculine » qui serait active, pénétrante et « pulsionnelle » d’une sexualité/libido « féminine » qui serait au contraire passive, pénétrée et n’existerait finalement que par rapport ou grâce à l’homme.

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Pécho de la chatte, ça c’est viril!

Cette idée selon laquelle les femmes auraient globalement moins de libido (voire pas du tout) sans la présence d’un pénis dans la pièce est notamment une des raisons pour lesquelles il existe toujours un si grand tabou sur leur masturbation et cela explique aussi pourquoi certaines personnes pensent encore que les lesbiennes ne font pas du « vrai sexe ».

De la même manière, le fait de (se) représenter la sexualité « féminine » comme passive et n’existant que pour répondre aux « besoins masculins » (comme si les hommes ne pouvaient physiquement pas se retenir – une idée qui participe d’ailleurs à la culture du viol, puisque certain⋅e⋅s la brandissent comme défense de violeurs genre « non mais c’est un homme, il peut pas s’empêcher » CONNERIE, plein d’hommes se retiennent quand ils sont face à un⋅e partenaire qui n’a pas envie et plein de femmes aussi donc juste NON.) cette représentation, donc, pousse notamment de nombreuses femmes à accepter des pratiques et/ou rapports qui ne leur plaisent pas ou ne leur font pas envie.

[Fin du passage théorique un peu chiant]

Mon premier conseil : arrête tout de suite de te forcer, non seulement c’est pas cool sur le moment (tu le dis toi-même, tu n’éprouves pas de plaisir pendant ces rapports) mais il est très probable que cela contribue à semer le trouble dans ton esprit et ton corps entre les fois où tu as (vraiment) envie et les fois où tu le fais parce que tu as l’impression que tu dois le faire.

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Ça veut dire NON, donc, pour les non bilingues de mauvaise foi.

Même si tu « allumes »/chauffes/excite beaucoup tes partenaires tu peux toujours arrêter, à n’importe quel moment, et le seul comportement acceptable de leur part est de respecter tes limites. Si tu n’as plus envie, tu n’as qu’à le dire et à eux de s’arrêter et c’est non négociable. Ca c’est la BASE, pour toi comme pour tes partenaires : respecter ton consentement (et le leur du coup, évidemment).

Evidemment, l’âge (tu es apparemment pas mal plus jeune que tes partenaires) et la confiance en soi (qui dépend aussi en partie de l’âge mais pas que) jouent un grand rôle là dedans, et ce n’est pas toujours facile d’imposer son non, surtout si tu as la malchance de tomber sur des partenaires qui ne sont pas à ton écoute. Il me semble aussi que tu recherches une relation d’amour (ou en tout cas d’affection?) que tu ne trouves pas forcément et confond peut-être parfois avec le désir sexuel…giphy (1)

« Tout le monde est insécure, même Tom Cruise sait qu’il est petit et taré« 

Peut-être que tu as l’impression que ton sexe/ton corps/ta sexualité sont les seules parties de toi qui peuvent te permettre d’obtenir de l’attention, de la tendresse voire de l’amour… Mais tu es une personne entière et unique (si si) et tu n’as pas besoin de te forcer à faire du sexe pour avoir des partenaires cools et prévenants et attentionnés avec toi! Au contraire, si tu te concentres plus sur TON désir et TON plaisir, en hésitant pas à couper court les fois où tu n’as pas envie, cela te permettra peut-être justement de faire le tri entre les gens bien (en gros ceux qui respectent ton rythme, tes envies, tes limites) et les autres (en gros ceux qui insistent, essayent de te faire culpabiliser de les avoir excités, etc) et franchement les seconds tu peux les virer de ton lit à coups de pieds au cul, ils ne te méritent pas.

Je ne suis pas sûre que cette lonnnnnnngue réponse t’aide mais je l’espère sincèrement

Coeurs et paillettes sur toi <3

Cette réponse existe grâce au soutien de @Gwenandelire sur Tipeee. Merci beaucoup!

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