[TW] L’orgasme est-il possible si l’acte sexuel n’est pas consenti ?

L’orgasme est-il possible si l’acte sexuel n’est pas consentie ?

Bonjour,

Effectivement, il peut arriver, lors d’une agression sexuelle ou d’un viol, que le corps aie des réactions ou manifestations habituellement liées au fait d’être excitée ou de prendre du plaisir, comme le fait d’être en érection, de lubrifier au niveau du pénis et/ou du vagin (en gros de produire du liquide préséminal et/ou de la cyprine -ou de la « mouille »-). Et il est vrai qu’il peut aussi arriver d’avoir un orgasme (cela arriverait entre 10 et 50% des cas selon une étude dont parle cet article -en anglais- une très large fourchette qui s’explique notamment par le très lourd tabou entourant cette question, j’y reviendrai plus bas). Cela ne diminue absolument pas la gravité des faits, et ça ne signifie pas qu’on était « quand même un peu consentante ». Non.

[Edit suite à la remarque sur Facebook de Flo-Louka Arnould, sexothérapeute et psychopraticienne] Dans le cas d’une agression sexuelle ou d’un viol, peut-être serait-il plus exact de parler d’orgaste et non pas d’orgasme. Ce mot désigne plus précisément un « réflexe physiologique orgastique sans élaboration psychiquement possible, donc subi »

Cela peut s’expliquer tout simplement comme une réaction « mécanique » du corps à des stimuli de nature sexuelle, mais aussi comme une façon de se protéger (le fait de lubrifier au niveau du vagin par exemple, peut éviter d’être trop blessée ou « abîmée » – d’un point de vue strictement physique évidemment, puisque ça ne réduit absolument pas la brutalité psychologique de l’acte). Chez certaines personnes, il y a aussi une forme de dissociation qui se crée pendant une agression sexuelle ou un viol. Le cerveau, face à une situation de terreur contre laquelle il ne semble rien pouvoir faire et à laquelle on ne peut pas échapper physiquement, va déclencher des mécanismes de protection censés limiter le traumatisme.

C’est un phénomène dont on parle finalement assez peu parce qu’il est super tabou et ses implications pas toujours simples. Par exemple, selon les expertes sollicitées par la Justice dans une affaire de viol et/ou d’agression sexuelle, ces manifestations physiques peuvent rendre (encore plus) compliquée la reconnaissance du non consentement de la victime. Une double, et même une triple peine pour ces dernières, déjà souvent accusées d’être (au moins en partie) responsables de ce qui leur est arrivé. Cela peut être un facteur qui fait qu’on remet encore plus en question leurs témoignages ou leurs accusations. Pire, pour les victimes elles-mêmes, peut être le sentiment d’être trahies par leur corps, et d’associer des sensations habituellement liées à des situations agréables à un événement extrêmement violent et traumatisant…

Si cette situation nous concerne, en dehors de la décision de porter plainte ou non, qui appartient à chacun·e, il est essentiel de pouvoir parler de ce qui est arrivé. On peut contacter le numéro vert pour mettre fin aux violences faites au femmes mis en place par le gouvernement au 3919 (de 9h à 22h) ou le collectif féministe contre le viol au 0 800 05 95 95 (attention si on est travailleuse du sexe, voilé⋅e ou trans, l’accueil dans cette dernière pourrait laisser à désirer). On y trouve des écoutant⋅e⋅s formé⋅e⋅s pour accueillir et orienter les personnes ayant subi des violences sexuelles, à qui on pourra exposer ce qui est arrivé, ses ressentis, et éventuellement ses craintes et son malaise.

Il existe aussi ce site, pour lequel on peut témoigner ici, et sur lequel on trouve d’autres témoignages qui peuvent aussi aider. On peut aussi joindre la fondatrice du site pour des questions ou demandes de consultation sex en écrivant à tanpmp@gmail.com. Sur le blog Philomèle, il y a une liste de psy (majoritairement parisienne) formé⋅e⋅s au psychotrauma. Ces ressources peuvent permettre de s’orienter vers des personnes qui pourront aider à aller mieux, que cela passe par un suivi psy, par un groupe de parole ou encore par le dépôt d’une plainte (ou les trois, il n’y a pas de règle, chaque victime/survivante gère à sa façon, il n’y a pas une formule qui marche pour tout le monde, même si globalement, en parler c’est souvent très bénéfique). Il n’y a rien qu’on « doive » faire, mais ces contacts peuvent aider, accompagner quelles que soient les décisions qu’on va prendre dans les semaines, les mois, les années à venir.

J’espère avoir répondu au mieux à ta question,

Je t’embrasse.

Cette réponse existe grâce au soutien de Sophie G. sur Tipeee. Merci beaucoup!

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