Hétéro, je pense beaucoup à ce que serait une relation avec une fille, c’est comme si je trompais mon copain…

Salut!
J’ai un « petit » soucis! Je me suis toujours considérée comme hétéro, je n’ai aimé que des mecs. Mais depuis quelques temps, je pense beaucoup à ce que serait une relation avec une fille, ne serais-ce que sexuellement… J’ai l’impression d’en avoir vraiment envie et ça me « pose problème » dans le sens ou j’ai l’impression que rien qu’en pensant à ça c’est comme si je trompai mon copain… Et j’ai peur de lui en parler de peur qu’il me rejette… Enfaite je suis assez perdue sur mon orientation, mes envies… Vous auriez des « conseils » pour me « retrouver »?

Merci d’avance!

Hello!

Bon, pour commencer, on va prendre une grande respiration, souffler un coup : TOUT VA BIEN. Tu te poses des questions sur pas mal de choses (ton identité, ton orientation, ta relation), ça te tourne en tête et du coup ça semble être un  questionnement impossible à résoudre. Mais ces interrogations sont très très très courantes, et même s’il n’est effectivement pas sûr que tu y trouves une réponse simple et définitive CE N’EST PAS GRAVE. Ce sont des sujets sur lesquels on peut être amenée à réfléchir toute sa vie au fil des partenaires, des situations, des événements… (et c’est plutôt une bonne chose, quand on y pense!)

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Alors déjà, concernant ton identité propre, en tout cas celle dont tu parles dans ta question, tu dis t’être « toujours considérée comme hétéro ». Ça, ça n’a pas besoin de changer du simple fait que tu ressentes à présent une curiosité et/ou une attirance pour une/des meuf⋅s. D’ailleurs ça n’aurait pas besoin de changer non plus si tu avais une relation sexuelle et/ou amoureuse avec une/des meuf⋅s. Parce que notre identité, il n’y a que nous qui pouvons la ressentir, la vivre et, si nous le choisissons, la définir.

Concrètement, tu te vis et te vois hétérosexuelle et/ou c’est ainsi que tu préfères te présenter aux autres, ça ne regarde que toi. Et si demain tu voulais te définir différemment, que ce soit à la suite d’expérience⋅s amoureuse⋅s et/ou sexuelle⋅s ou simplement parce que tu en ressens le besoin et/ou l’envie, rien ne t’empêche de te définir comme bisexuelle, pansexuelle ou toute autre identité qui rendrait mieux compte de ce que tu es et de la façon dont tu vis et est perçue. C’est une logique qui a certes ses limites (par exemple un mec cis et hétéro qui se dit lesbien⋅ne alors qu’il ne sera a priori jamais amené à vivre la lesbophobie -combo de sexisme et d’homophobie-  inhérentes à cette identité). Ce qu’on peut retenir c’est qu’il n’y a pas de pratiques sexuelles et/ou amoureuses obligatoires ou éliminatoires pour pouvoir prétendre à telle ou telle identité.

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Ensuite, en termes d’orientation sexuelle et/ou amoureuse (ce qui est autre chose, puisque l’identité c’est plutôt comment on se v(o)it soi-même, alors que l’orientation c’est « par qui je suis attiré⋅e et/ou excité⋅e »), c’est logique que cela puisse te perturber de ressentir une attirance nouvelle, qui plus est pour des personne de ton sexe/genre. Pourquoi? Ben pour commencer ça sort du modèle ultra majoritaire que la plupart d’entre nous a vu dans son entourage mais aussi dans les livres, les films, les publicités, etc. Ce modèle, qui est souvent présenté comme un idéal à atteindre, c’est le couple hétérosexuel monogame, et il a une place hyper importante dans nos représentations, ce qui fait qu’il peut être compliqué de le remettre en question ou d’en sortir lorsqu’il ne nous convient pas.

On a tendance à se considérer comme hétéro (romantique et sexuel⋅le)  par défaut, jusqu’à preuve du contraire, c’est à dire jusqu’à ce qu’on ressente une attirance sexuelle et/ou sentimentale pour une personne (réelle ou fictive) de notre genre. Et cette première attirance peut arriver quand on est enfant, adolescent⋅e ou même quand on est plus avancé⋅e en âge. Il n’y a pas de règle, même si on sait que l’adolescence est souvent un âge privilégié pour avoir des expériences (pas forcément sexuelles) avec des personnes du même sexe/genre car il peut y avoir un côté « rassurant » dans le fait d’être face à une personne dont on se dit qu’on la connaît un peu quelque part, vu qu’on est un peu pareil (par rapport à une personne d’un autre sexe/genre dont on pense parfois qu’elle nous est entièrement étrangère, comme un continent entier à découvrir, ce qui peut être excitant et/ou un peu flippant).

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Cette tendance peut être freinée par la peur du regard ou du jugement des autres. Ensuite, il est compréhensible d’être perplexe parfois par rapport à nos désirs ou attirances parce que ça peut changer tout au long de la vie, en fonction des personnes que l’on rencontre, de nos perceptions qui peuvent évoluer… Et c’est ok. Encore une fois, personne t’oblige à signer un contrat avec ton sang déclarant que promis juré tu ne seras attirée que par des personnes d’un autre sexe/genre que le tien toute ta vie durant!

Bien. Maintenant, en ce qui concerne ta relation avec ton copain. Tu me dis que le simple fait de penser à une relation avec une fille te donne l’impression de tromper ton ami. Bon. Je pense quand même que c’est un peu extrême, même si on a tou⋅te⋅s une définition différente de la fidélité, et du coup de ce qui constitue ou non une infidélité. Pour certain⋅e⋅s, le simple fait de flirter avec une autre personne que celle avec laquelle on est en couple c’est tromper. Pour d’autres, ce sera à partir du moment où il y a un baiser échangé, d’autres encore considéreront qu’il n’y a tromperie que si on a couché avec un⋅e autre (et encore, même là on peut s’interroger : à partir de quand on considère qu’on a couché? est-ce que masser c’est tromper?)…

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Sans compter celleux pour qui la fidélité ne se joue pas du tout sur le plan sexuel puisqu’ielles sont dans des relations non exclusives et attachent plus d’importances à d’autres marques de loyauté, comme les attentions que peuvent avoir leur⋅s conjoint⋅e⋅s, le fait que celleux-ci soient présents dans les épreuves comme dans les bons moments, le fait de partager des projets, des valeurs, etc… Vraiment, ça dépend. Mais quel que soit ton pallier pour définir où commence l’infidélité, je crois que ce qui se passe dans ta tête ça ne regarde que toi, et ça ne peut pas blesser ton copain.

Pour terminer, tu redoutes la réaction de ton ami si tu lui parlais des questions qui te préoccupent, des attirances qui se font plus présentes dans ton esprit, pour des personnes de ton sexe/genre. Je peux très bien le comprendre, et ce n’est pas complètement dingue de ressentir cette appréhension, puisque certaines personnes réagissent effectivement super mal lorsque des proches leur font part d’une orientation sexuelle non hétéro ou d’un questionnement là-dessus.

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Si c’est un⋅e petit⋅e ami⋅e, cellui-ci peut se demander ce que ça signifie pour votre relation (surtout si c’est une relation monogame, il peut y avoir crainte de ne pas être « suffisant⋅e », que l’autre aille voir ailleurs et notamment des personnes d’un autre sexe/genre…). Je crois que si c’est quelque chose d’important pour toi, cela va finir par te peser si tu ne lui en parles pas, tu risques d’avoir le sentiment qu’il ne te comprend pas vraiment (et pour cause, il y aura tout un pan de ton identité et de ta personnalité que tu ne lui auras pas montré). Si tu te montres ouverte et rassurante, si tu lui expliques ce que tu as pensé et ressenti ces derniers temps, il y a de grandes chances qu’il comprenne que c’est une marque de confiance que tu lui fais en lui parlant, et il n’y a pas de raison pour que ça se passe mal, à moins que cela ne soit, peut-être, symptomatique d’un souci plus large dans votre relation (problème de communication, d’empathie, d’attention…).

Voilà voilà une lonnnngue réponse, mais j’espère que tu pourras y piocher des trucs utiles :)

Des bisettes à lunettes

Cette réponse existe grâce au soutien de @Jean_eusebe sur Tipeee. Merci beaucoup!

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